Et si on gérait toutes les professions comme on gère l’éducation.

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Imaginez quelques instants ne plus vivre de ruptures de service parce que les professionnels absents sont toujours remplacés. 

 Votre avocat est absent? Soyez sans craintes puisque nous avons ici quelqu’un pour le remplacer. Il n’a pas les qualifications pour le faire, mais il détient un diplôme d’études secondaires et, comme il a déjà contesté une contravention, nous jugeons qu’il sera en mesure de faire le travail pour aujourd’hui. 

Votre fiscaliste est malade? Rassurez-vous, nous avons ici quelqu’un qui a déjà fait ses impôts par lui-même, pour vous servir. Il répondra à toutes vos questions et vous suggérera des stratégies fiscales! 

L’ingénieur n’est pas là aujourd’hui? Nous vous envoyons quelqu’un qui est bon avec les chiffres. Il vous dira en quelques minutes si la réparation du pont est solide et si la circulation automobile peut reprendre. 

Mais attendez, ça ne s’arrête pas là. Il est clair que si ces remplaçants étaient présentés de la sorte, vous seriez peu enclin à leur faire confiance. Nous avons la solution! Nous ne vous informeront pas des qualifications! Vous ne saurez donc pas si la personne devant vous a les qualifications pour faire le travail – problème réglé! 

Vous aurez donc parfois affaire à un professionnel, parfois à un remplaçant sans qualification, mais ces personnes ne vous informeront pas de leur status et agiront toutes comme si elles avaient les compétences et connaissances pour faire la tâche. Auriez-vous encore confiance en ces professionnels? Pensez-vous que vous aurez droit à la même qualité de service? Auriez-vous tendance à croire que s’ils peuvent être remplacés par n’importe qui, peut-être qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des professionnels pour accomplir ces tâches après tout? 

Mais ça ne s’arrête pas là. Maintenant, imaginez que ces professionnels demandent à être reconnus en tant que spécialiste du domaine, demandent à ce que leur jugement soit respecté, sans pour autant avoir l’exclusivité des gestes posés. 

 Récemment, il a été question d’intégrer des travailleurs de la construction au réseau avec une formation accélérée. Le syndicat s’y est opposé et a demandé des incitatifs pour attirer les futurs travailleurs dans les formations complètes afin d’avoir des travailleurs compétents. Ce n’est cependant pas ce qui se passe en éducation. 

Les syndicats qui représentent les enseignants n'ont aucune mesures de prévues pour distinguer clairement les professionnels des amateurs, accueillant à bras ouvert les travailleurs, toutes compétences confondues, qui agissent en tant qu’enseignants. Pourtant, cette distinction aurait des avantages clairs. Elle servirait de protection du public, qui sauraient à qui ils ont affaire et pourraient exiger un professionnel compétent. Cette distinction permettrait aussi de reconnaître le status professionnel des enseignants et réserverait les gestes professionnels aux enseignants qualifiés. Les syndicats ne vont cependant pas dans cette direction, mais clament haut et fort que leurs professionnels sont les seuls à détenir les qualifications, compétences et connaissances pour effectuer le travail, le tout en représentant aussi plus de 30 000 personnes faisant office d’enseignants mais sans détenir les qualifications minimales. 

Selon les données du ministère de l’Éducation, en 2018-19, c’était plus du quart des personnes accomplissant la tâche d’enseignant qui ne détenait pas les qualifications légales pour exercer cette profession. Pensez-y, plus d’une personne sur 4 qui enseignent sans avoir les qualifications pour le faire. 

Ces personnes ne sont pas encadrées et ne sont pas sous la responsabilité d’enseignants qualifiés autre que leurs supérieurs hiérarchiques. Ces personnes enseignent aux élèves et les évaluent comme s’ils avaient été formés pour le faire, mais ils ne le sont pas. Je vous laisse donc avec quelques questions de réflexion : 
👉Comment convaincre la population de faire confiance aux enseignants quand nous n’avons pas la transparence d’informer les parents et les élèves de la qualification, ou de l’absence de qualification, de ceux qui enseignent? 
👉 Comment convaincre la population que seules les personnes qualifiées devraient enseigner? 
👉Comment convaincre les futurs enseignants de terminer 6 années d’études postsecondaires pour se qualifier en enseignement quand ce travail est disponible maintenant? L’incitatif financier peut-être? Jugez par vous-même. L’enseignant qualifié en début de carrière obtiendra un salaire annuel de 46 115$ mais la personne qui occupe le même poste, avec un diplôme d’étude secondaire, obtiendra un salaire annuel de 42 431$. L’investissement de 6 années d’études postsecondaires aura un impact financier de 4 028.75$ annuellement (avant impôt). Selon vous, est-ce que ça vaut les 6 années d’investissement? 
👉Comment pouvons-nous aspirer à ce que les enseignants soient reconnus en tant que professionnels dans un tel contexte? 
👉 Comment pouvons-nous s’attendre à un service éducatif de qualité quand le quart du personnel enseignant n’a pas les qualifications pour le faire.